Burn out et sens du travail : le statut de l'erreur dans l'organisation

Publié le 11 Février 2014

Lorsque les réflexions sur soi et sur ses « schémas cognitifs d’élève modèle » deviennent centrales chez le sujet en situation de burn out, le statut de l’erreur dans l’organisation se meut lui aussi en questionnement sur le sens du travail. En effet, que certains soient très voire trop rigoureux et perfectionnistes ne fait aucun doute mais s’est on interrogé sur les motifs organisationnels qui ont rendu cette caractéristique de personnalité inadaptée ? Les pratiques de « zéro défaut » et de « qualité totale » pour ne citer qu’elles ne sont elles pas co responsables d’un degré d’exigence tel qu’il devient inconciliable avec l’exercice d’une activité professionnelle ? Peut on travailler sans jamais échouer ? Peut on exiger le « right first time » ou cela ne relève t il que de la croyance en un salarié idéalisé et réifié ?

C’est bien de ça dont il s’agit : refuser d’admettre qu’il est possible d’échouer ou de se tromper en réalisant son travail est à la fois contre-performant mais aussi générateur d’une perte de sens au travail. Concernant le premier point, la contre performance naît d’un principe simple : ne pas tolérer l’erreur c’est inhiber l’audace nécessaire à la créativité. Or, si comme l’explique Christophe DEJOURS « travailler c’est échouer », il est nécessaire pour l’individu d’abord d’accepter l’échec pour ne pas être confronté à une image négative de lui même à chaque échec mais aussi de savoir dépasser l’échec pour innover et trouver des solutions à son problème. Refuser les échecs et les erreurs consiste alors à refuser de pouvoir les dépasser et donc à inhiber le travail.

Là où le statut de l’erreur rencontre le sens du travail c’est lorsqu’on nie la possibilité pour un individu de commettre une erreur. La « qualité totale » peut s’entendre pour un automate même si les services de maintenance en entreprise prouvent que même ces derniers se dérèglent au fur et à mesure et ont besoin de maintenance préventive ou curative pour traiter les écarts par rapport aux attendus. Mais pour l’être humain en situation de travail, nier la possibilité d’une erreur revient à faire de lui, symboliquement, un automate et donc à nier son identité d’être humain faillible. Comme si l’excès de rationalité générait de l’irrationalité. Or avoir l’impression qu’on se doit être un automate pour être conforme aux exigences de l’organisation du travail devient réifiant : si je ne suis pas aussi performant que la machine, si je ne deviens pas la machine alors je ne suis pas performant. Comment concilier le besoin d’être reconnu en tant qu’être humain en devenir dans une organisation avec ce sentiment de réification ?

Burn out et statut de l'erreur

Burn out et statut de l'erreur

Rédigé par Adrien CHIGNARD

Publié dans #Burn out

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