Le burn out et la colère

Publié le 11 Février 2014

Si la plupart des symptômes du burn out recoupent ceux de l’état dépressif majeur, la différence réside dans trois points : la dépression est généralisée alors que le burn out touche avant tout la sphère professionnelle, l’origine du burn out est localisée dans la sphère professionnelle ; la dépression génère de la tristesse alors que la première émotion du burn out est la colère. Colère dirigée envers soi mais aussi envers les autres : collègues, managers, famille et même parfois professionnels de santé méconnaissant le problème.

La colère envers soi

Colère envers soi car on n’a pas perçu ses limites et qu’on a rompu l’écologie de vie qui nous permettait de nous sentir investi d’une mission et engagé (voir à ce sujet le profil type des « burnoutés » dressé par l’INRS). On a écorché sa propre image de soi auparavant positive dans la mesure où le surinvestissement professionnel est reconnu et valorisé dans certaines organisations du travail : « il a bien mérité sa promotion ou son augmentation, c’est un bourreau de travail ». On parle d’ailleurs de chagrin d’honneur à propos du burn out, c’est bien de l’ego, de l’image de soi dont il est question.

La colère envers soi se nourrit également du sentiment d’injustice et « d’autoduperie » que vit le sujet lorsqu’il a consciemment ou inconsciemment désinvesti sa vie personnelle pour se consacrer au travail pendant de longues périodes et qu’il trouve la « récompense » bien amère, comme si le sacrifice perçu n’avait pas apporté les effets escomptés.

Par ailleurs, la situation du burn out déclaré renvoie le sujet à son incapacité à se montrer tout puissant et le résume à son corps : c’est le corps qui a dit stop quand l’esprit ne l’entendait plus. Être arrêté dans son ascension professionnelle par son corps est souvent vécu comme un profond sentiment d’incapacité, comme un retour violent à la réalité : l’énergie qu’il est possible de déployer au travail n’est pas illimitée, quel que soit l’intérêt qu’on porte à son travail.

Enfin la colère envers soi peut s’accompagner d’un sentiment de honte : honte de s’être cru plus fort et résistant qu’on ne l’était véritablement, honte de n’avoir pas écouté les messages d’alertes de ses pairs et d’être finalement arrivé là où les mises en garde nous prévenaient de ne pas aller.

La colère envers l’organisation du travail

Cette colère envers l’organisation du travail a plusieurs motifs. Premièrement, ne sachant pas comment agir par rapport à ces problématiques et connaissant mal le burn out, les DRH, les managers et même les collègues minimisent parfois la gravité de la situation et ont tendance à penser que comme le burn out ne se voit pas extérieurement (on se consume de l’intérieur uniquement et on cherche à donner le change car la réalité est souvent trop difficile à accepter) il n’est pas grave : « prends une bonne semaine de vacances et ça ira mieux ! ». Il ne s’agit pas là de malveillance mais plutôt d’une méconnaissance du phénomène.

On assiste aussi à une volonté de déplacer la responsabilité : « il doit avoir des problèmes personnels ». Ces petites phrases qui peuvent paraître anodines développent la colère et le sentiment d’injustice dans la mesure où le burn out est le résultat d’un cocktail toxique de risques organisationnels comme l’a bien montré Maslach, spécialiste du sujet : surcharge de travail, manque de contrôle sur son activité (l’incertitude vis à vis de l’avenir en période de crise intègre ce facteur), délitement des relations et du soutien, manque de reconnaissance et d’équité de traitement, conflit de valeurs.

La colère envers l’employeur est par ailleurs accrue par les solutions proposées au salarié : voir un médecin généraliste pour qu’il prescrive un arrêt de travail et si possible des médicaments pour faire taire les symptômes ou encore un clinicien qui fera travailler l’individu sur ce qui l’a fait « flancher » comme par exemple ses schémas cognitifs l’incitant à être trop perfectionniste et rigoureux. Le caractère limité de ses solutions ne réside pas dans le fait qu’un accompagnement personnel et du repos soient inadaptés, ils sont incontournables, mais plutôt dans l’absence de questionnement collectif et organisationnel sur les conditions de travail qui ont amené un professionnel rigoureux et engagé dans une telle situation. C’est comme si le salarié en situation de burn out entendait : « il faut que tu te soignes car tu n’as pas été assez résistant » alors qu’il serait profitable à tous d’entendre : « pendant que tu te soignes, nous allons tenter de comprendre les facteurs organisationnels qui ont mené à ta situation afin que ça ne se reproduise plus ».

La colère envers les institutions et les professionnels de santé

Colère également contre les institutions ou certains professionnels médicaux qui semblent encore peu à l’aise avec le syndrome et le qualifie de dépression ou incitent le salarié à reprendre le travail compte tenu du manque manifeste d’une symptomatologie physique. Il n’est pas question ici de remettre en question les professionnels de santé mais simplement de rappeler que la subjectivité d’un sujet est centrale dans la pratique médicale et qu’elle doit donc trouver une écoute authentique et sincère, sans regard « médicalement technocratique » pour être entendue. Heureusement, de nombreux médecins et médecins du travail se forment et se cultivent sur le sujet afin d’apporter un soutien efficace à un problème que leur corps professionnel ne connaît que trop bien pour en être, malheureusement, une des premières victimes.

La colère de la personne en situation de burn out provient essentiellement du manque de connaissance de ce phénomène en France et des amalgames que cela peut provoquer au travail comme dans la société. C'est donc en diffusant les connaissances sur le sujet et en sensibilisant les entreprises, les professionnels de santé et les pouvoirs publics que ce phénomène sera mieux compris et donc mieux pris en charge, générant alors une diminution de la colère issue du sentiment d'incompréhension.

Le burn out et la colère

Le burn out et la colère

Rédigé par Adrien CHIGNARD

Publié dans #Burn out

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