Le burn out vu de l'intérieur : sanctuaire et soutien

Publié le 10 Juin 2014

Ils sont nombreux et ont tous en commun deux caractéristiques : ils sont engagés et occupent des professions à haut niveau de responsabilité. DRH, chirurgien, responsable formation et communication, directeur commercial : des professionnels investis et qui voient le burn out arriver. Ils appellent tous avec le même message, comme Pascal : « je vois le mur, je me vois courir vers lui et pourtant je n’arrive pas à changer de trajectoire ».

Quarantenaires pour la majorité d’entre eux, ils sont cultivés, instruits, passionnés et pourtant ils voient doucement leur goût pour leur métier décliner. Ils se sentent plus agressifs, moins tolérants et perdent l’envie d’occuper leur temps libre avec les activités qu’ils appréciaient auparavant. Malgré ces éléments, tous disent ne surtout pas vouloir s’arrêter de travailler : « c’est impossible pour moi, si je m’arrête je vais mettre mes collègues dans la galère et ma carrière en danger ». Même lorsqu’ils sont devenus l’ombre d’eux même, qu’ils ne posent leur smartphone et leur ordinateur que pour dormir, ils répètent les modes de fonctionnement qu’ils connaissent plutôt que d’inverser radicalement la tendance pour se protéger. « L’esclave perd tout dans ses fers, jusqu’au désir d’en sortir » disait Rousseau.

« Le quotidien est devenu une course contre le temps, gagner quelques minutes sur une réunion qui finit plus tôt que prévu est une victoire, une bouffée d’oxygène » explique Catherine. Sous le poids des sujets qui s’amoncellent, en concurrence avec des collègues qui préparent leur évolution pour la prochaine réorganisation ou seuls dans un métier d’expertise sans personne avec qui partager le contenu des responsabilités et la difficulté des dossiers, ils plient silencieusement et s’isolent malgré eux : « en parler avec mes collègues ? Qu’est ce qu’ils comprendraient à ma situation ? » confie Florence.

Chez chacun, le même constat : la vie personnelle est de plus en plus difficile, les relations amoureuses se tendent et les temps de récupération disparaissent insidieusement. Pourtant, pour faire face au burn out et retrouver du plaisir et de l’énergie physique et psychique, les soutiens sociaux sont capitaux. La première tâche de celui qui les accompagne est bien souvent de restaurer ces soutiens pour que l’isolement cesse.

En parallèle, ils ont à peu près tous perdu la conscience de la nécessité d’opposer à chaque situation de tension une situation de détente. Connaissant une charge mentale très forte, ils ont du mal à « décrocher » du travail en rentrant chez eux et pour y parvenir, un nombre non négligeable d’entre eux à recours à ce qui leur paraît être le plus efficace pour décrocher rapidement : les substances psychoactives. « Pour passer à autre chose en rentrant du boulot après une longue opération d’un patient, je me suis mis à fumer un pétard, au moins je déconnectais instantanément » dit Pascal.

Et ainsi DRH, chirurgiens, médecins consomment de l’alcool chaque soir ou fument du cannabis pour se rendre psychiquement « disponibles » auprès de leurs proches. La consommation augmente petit à petit et lorsqu’ils décident d’arrêter considérant que c’est allé trop loin, ils ont perdu toute envie de reprendre les activités de détente qu’ils appréciaient auparavant : le sport, la lecture, le cinéma, les expositions… et le sas de décompression nécessaire entre le travail et la vie personnelle disparaît au profit d’un délitement des relations avec leurs proches.

Ces tranches de vie invitent à la prudence et à la vigilance : avoir un sas de décompression ou encore un « sanctuaire » c’est à dire un temps pour soi qui permet de dissiper les tensions après une journée de travail est fondamental. Concrètement, il faut pouvoir consacrer au moins 30 minutes chaque jour à cette décompression pour ressentir le sentiment de détente et éviter de consommer des psychotropes néfastes à la santé.

En parallèle, rompre l’isolement en partageant dans son couple, avec un professionnel ou avec ses collègues demeure un rempart efficace contre le syndrome d’épuisement professionnel.

Bien entendu, les sas de décompression et le soutien des proches ne sont pas les seuls moyens de prévenir la chute mais ils constituent des garde-fous d’autant plus utiles et durablement efficaces qu’ils sont accompagnés d’une démarche de prévention adéquate visant l’organisation du travail dans leur entreprise ou administration. S’il existe des façons de réagir au niveau individuel, prévenir au niveau collectif et organisationnel demeure la meilleure solution pour ancrer les bonnes pratiques dans la réalité.

Mécanismes du burn out

Mécanismes du burn out

Rédigé par Adrien CHIGNARD

Publié dans #Le burn out vu de l'intérieur

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